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Domont Été 1944 : Elle n'en veut plus aux Allemands qui ont fusillé son père Christiane Delalay, doyenne des journalistes du Val-d'Oise fait le récit de son père fusillé aux Quatre-Chênes, à la Libération. 2014  par Fabrice Cahen

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Elle avait juste 20 ans, lorsque son père Henri Morlet a été abattu par les nazis, au lieu-dit les Quatre-Chênes, à Domont. Il avait 47 ans et s’était engagé dans l’action clandestine dès 1940, répondant à l’Appel du général de Gaulle. Rescapé de la Première Guerre mondiale il avait été mobilisé à 18 ans en 1915, alors qu’il faisait partie de la classe 17, dite des Bleuets. Avec d’autres il avait été envoyé sur le front à l’automne 1916, alors qu’un général avait prié le haut commandement de ne pas les engager trop vite aux combats.

«Ces jeunes soldats ne présentent pas encore toute la résistance physique nécessaire pour affronter les rigueurs de la vie sur le front», avait-il suggéré. Rien n’y fit et 16 000 d’entre eux montèrent au feu à l’assaut du fort de Douaumont. Henri Morlet était de ceux-là lorsque le fort fut repris. Il sera enterré deux fois sous les bombardements intensifs. Il aura l’épaule arrachée, sera également gazé et son corps portera les traces des éclats d’obus. Un de ses poumons sera endommagé et il restera cardiaque à vie. Il ira pourtant compléter les relèves, en 17, dans l’Aisne, au célèbre Chemin des Dames. À la fin de cette guerre, il sera deux fois décoré : de la Croix de guerre et de la médaille militaire, mais refusera à deux reprises la Légion d’honneur. Réformé du travail, il entrera dans la fonction publique comme encaisseur à la Compagnie des Eaux et se marier en 1920. Il aura quatre filles. «Lorsque la Seconde Guerre a éclaté, papa disait “- Heureusement que je n’ai que des filles”», se souvient Christiane, qui deviendra journaliste à l’Echo Régional. De Douaumont à Domont Son expérience de la Première Guerre l’a conduit à ne pas accepter la seconde et à s’engager dans les mouvements de résistance. «On sait qu’il portait des messages dans le tube de la poterne de sa bicyclette. Il allait jusqu’à Neuilly-en-Thelle, dans l’Oise». Le 12 août 1944, à quinze jours de la libération de la région, il est tué avec son camarade de Sannois, Eugène Duhamel, après une embuscade qui a mal tourné dans la clairière des Quatre-Chênes, en forêt de Montmorency. La riposte des Allemands sera sanglante : le domontois de 15 ans Robert Meunier et le couple Amandine et Robert Arrondeau sont tués à proximité, au lieu-dit La Belle-Rachée. Des exécutions suivront les 15 et 16 août, le long de la route forestière. Au total vingt-cinq personnes y seront fusillées, dont Pierre Alviset un étudiant patriote parisien de 20 ans et des otages du village de Nerville-la-Forêt, dont le maire Henri Sadier, Paul Duclos ; secrétaire de mairie et André Commelin ancien maire d’Épône ; des maquisards du réseau Carnelle, dont leur chef, l’industriel adamois Georges Grandjean ;Henri “lieutenant” Baude ; Henry Douai 20 ans ; Alain Marie Grout de Beaufort, qui sera fait Compagnon de la Libération, mais aussi un groupe de campeurs raflés en forêt de Carnelle. «Le corps de mon père avait été ramené et exposé à même le sol dans la cour de l’hôpital d’Eaubonne. Ce sont deux pompiers qui ont relevé sa dépouille. Il repose désormais au carré militaire du cimetière d’Eaubonne». Le nom de son père figure sur le monument des martyrs à Domont. «Je ne suis plus retournée au monument de Domont depuis qu’un jour, j’y ai vu des promeneurs en train de pique-niquer au pied de la stèle. Aujourd’hui, je n’en veux pas aux Allemands, mais plus aux nazis.»

Source: gazette du valdoise  2014  par Fabrice Cahen 

                                                                                       

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