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En forêt de Montmorency
Au commencement il y
avait deux amis, Jean jacques Rousseau et Bernard de Jussieu. Le
premier
rédige ses principaux ouvrages à
l’Hermitage de Montmorency,
le second enseigne au jardin du roi. Ensemble ils effectuent de longues
promenades en forêt. Nous sommes en 1760, le philosophe
repose son
esprit tourmenté en s’affairant sur son herbier
tandis que le botaniste
observe les espèces ignorées, poussant sans soins
au bord
des chemins.
Voici ce qu’ils découvrent
à l’approche de l’étang :
l’ail des ours, aux senteurs fortes
et aromatiques, embaume la berge. Le carex sous ses formes diverses,
carex
de Maire, carex puce, s’espace sur le contour. Le carex
élevé,
à la végétation en rempart, offre un
asile aux oiseaux.
En surface, l’antennaire dioïque et le
ményanthe trifolié
tapissent l’onde de verdure tandis que la renoncule aquatique
teinte l’ensemble
de reflets jaunes.
L’ajonc d’Europe indique
le marais où végète les plantes
friandes d’eau et
de tourbe. La prêle des marécages aux multiples
tiges ondoyantes
fait de l’ombre à la parnassie « la
fleur des poètes
». Les linaigrettes, nourries par le précieux
humus, ondulent
en houppes cotonneuses. La cinéraire
lancéolée ouvre
ses pétales d’un bleu profond auprès du
sanguisorbe à
la feuille rouge carminé. Au milieu du marais serpente le
ruisseau,
la lysimaque, habillée de petites coupes dorées,
trempe ses
racines, tandis que le pissenlit palustre plus en retrait montre sa
tige
fleurie. L’épiaire des Alpes et le lychnis, nielle
des blés,
s’étalent en herbes denses et touffues. Le boucage
à grandes
feuilles propage sa senteur forte à l’anis vers
les petites clochettes
blanches du polygonatum multiflore, le sceau-de-salomon.
En abordant le relief,
ils cheminent entre les fougères, de l’ophioglosse
commune, la plus
humble, à la majestueuse osmonde royale, les
variétés
sont multiples. La doradille fougère femelle en impose par
son opulence
face aux feuillages ciselés des néfrodies
fougère-mâle,
spinuleuse et thélyptérile. Le polypode
lésebli tacheté
de rouille parade entre l’aspidie à cil
roide et le blechnum
spicant, le meilleur abri de la gent trotte menu. En
pénétrant
dans le sous bois, un festival de fleur blanche est donné.
Les acteurs
sont la pirole, le thésium et le muguet. Le tapis
de sol est
composé par le lycopode en massue aux feuilles en
écusson
très serrées et le buxbaumia foliosa à
la petite mousse
rougeâtre. La parisette, à la parure verte
étoilée
où trône un unique fruit le raisin de renard, se
répand
en abondance sur ce théâtre de verdure. A la veille de la révolution,
Laurent Antoine de Jussieu accompagne ses élèves
sur le site
de Sainte Radegonde. Manon Roland, en artisan de la beauté,
dessine
une plante peu connue, découverte dans ce conservatoire de
la nature.
Bosc est enchanté, il sera naturaliste et reposera pour
l’éternité
sur ce lieu aimé.
Antoine Da Sylva
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